Des contes du monde entier pour grands et petits

Histoires de sorcières et de magiciens

Sorciers-couv1

Histoires de sorcières et de magiciens

Marilyn Plénard
illustrations de Emanuela Orciari

2019, 120 pages, 14,50€

Product Description

La nuit de la puce
Conte mexicain

Un magicien avait une fille qui aimait d’amour tendre un jeune blanc-bec, fils d’un couple d’humains ordinaires. Cela va sans dire, le mariage était loin d’être célébré d’avance. Toutefois, comme le blanc-bec était charmant, le magicien n’était pas contre non plus.

La seule chose dont le vieil homme voulait être sûr était : à qui avait-il affaire, vraiment ?

 

— Si durant trois nuits de suite tu ne dors pas dans ton lit et que si, ne serait-ce qu’une fois, je ne devine pas où tu dors, je te l’accorderai, répondit-il au garçon le jour où il vint lui demander la main de sa fille.

Le prétendant, nous le savons, était fils d’un couple ordinaire, mais, lui, lui, il était extraordinaire et s’y connaissait en magie, et pas qu’un peu, m’est avis ! En effet, le soir même, il monta s’allonger entre les deux cornes du croissant de la lune, jusqu’où il grimpa par le chemin lumineux des étoiles.

Le lendemain matin, il en descendit aux aurores et, plein d’espoir, il fonça chez le magicien. L’amusement scintillait dans les yeux du vieil homme quand il dit :

– Mon pauvre petit, quelle idée d’aller dormir entre les cornes de la lune. Tu dois avoir le dos moulu !

Le garçon, un brin désappointé, réfléchit longuement avant de choisir son deuxième dortoir. Finalement, il opta pour l’océan. Il plongea dans les vagues et nagea jusqu’aux abysses, où il se roula en boule entre les valves nacrées d’un gros coquillage.

Le lendemain matin, le magicien lui dit avec un sourire sarcastique :

– Mon pauvre petit, quelle idée de rester toute une nuit sans respirer. Tu dois être bien essoufflé !

Le garçon se sentait découragé. Il réfléchit longuement avant de conclure que, pour passer inaperçu, mieux valait demeurer le plus près possible de ce vieux fripon.

Ainsi décida-t-il de se changer en puce et de s’installer sur le chambranle de la porte de la maison du magicien. Quand celui-ci sortit sonder les ténèbres pour savoir où dormait ce jeune chenapan qui comptait épouser sa fille, le garçon-puce sauta sur le bord frangé de pompons rouges et blancs du grand sombrero noir que portait le vieil homme.

Ce soir-là, le magicien eut beau s’abîmer la vue à force de scruter l’obscurité, il ne repéra pas le garçon. Au moment où, déclarant forfait, il rentrait chez lui pour aller se coucher, le garçon-puce resauta du sombrero sur le chambranle de la porte. Et, confortablement pelotonné dans un coin, il dormit jusqu’aux aurores.

Le lendemain matin, le magicien lui dit d’un ton bienveillant :

– Je vois que tu n’es pas essoufflé et que tu n’as pas le dos moulu. Tu es digne d’épouser ma fille !

Le mariage mêla êtres extraordinaires et êtres humains ordinaires. Le plus cocasse de l’histoire fut sans doute la façon dont les nouveaux époux occupèrent les trois nuits qui suivirent les noces. La première, ils s’allongèrent entre les cornes du croissant de la lune ; la deuxième, ils se roulèrent en boule entre les valves nacrées d’un gros coquillage ; et la troisième, afin de fêter leur victoire sur l’adversité, ils se changèrent en puces et dormirent sur le bord frangé de pompons rouges et blancs du grand sombrero noir de ce vieux sacripant de magicien.