Des contes du monde entier pour grands et petits

Contes et mythes de Birmanie

9782910272135

Contes et mythes de Birmanie

Traduits par Maurice Coyaud
Illustrations de Susanne Strassmann

2002, 220 pages, 20€

Product Description

Pourquoi le buffle n’a pas de dents

Le buffle et le bœuf étaient cousins et s’aimaient beaucoup. Le buffle avait deux rangées de dents fort belles. Le bœuf n’en avait qu’une seule rangée, à la mâchoire inférieure. Mais le buffle, gentil comme il était, une fois qu’il avait terminé son repas, prêtait ses dents du haut au bœuf.
Le cheval dansait merveilleusement. C’était aussi un clown épatant. Il savait très bien chanter aussi. Il faisait des tournées à travers le pays, en tant que danseur, chanteur, amuseur. De partout, le public affluait pour voir ses spectacles. Un soir, le cheval donnait une représentation près du lieu où résidaient le buffle et le bœuf. Le buffle n’avait aucun goût pour ces frivolités. Pour lui, prendre le frais plongé dans l’eau jusqu’au cou était bien préférable aux spectacles de cirque.

Le bœuf, de son côté, tout juvénile, voulait voir le spectacle. Comme les autres animaux, il voulut se mettre sur son trente et un, et se rendre à la soirée avec deux rangées de dents. Ainsi, quand il rirait aux plaisanteries du clown, il pourrait montrer au monde entier deux rangées de dents superbes. Alors, ayant terminé son dîner, il ne rendit pas ses dents du haut à son cousin le buffle, mais s’esquiva jusqu’au lieu du spectacle.

Le bœuf marcha, se pavanant, jusqu’à sa place réservée. Sur la scène, le cheval dansait, les animaux applaudissaient. Le cheval fit des cabrioles, récita des poésies humoristiques, tant et si bien que les animaux se tenaient les côtes, en proie à un rire inextinguible et quasiment homérique. Le bœuf riait à gorge déployée. Le cheval aperçut les deux rangées de dents ivoirines. Le cheval, lui non plus, n’avait pas de dents du haut. Il trouva insupportable que cet abruti de bœuf en déployât. Il songea à une ruse.

Le cheval termina donc son tour de chant, s’assit au milieu des applaudissements. Les animaux criaient :

– Cheval, tu es sublime, superbe, super !

Le cheval répondit :

– Chers amis et clients, je pourrais vous amuser encore davantage, si l’un d’entre vous voulait bien me prêter ses dents d’en haut. Ainsi, je pourrais mieux parler et danser.

Le crétin de bœuf bondit aussitôt, sortit des rangs, sortit ses dents, les tendit au cheval. Celui-ci remercia, et, après quelques minutes de repos, reprit son programme. Il chanta une chanson gaie, les animaux rugissaient de rire. Le cheval fit un saut périlleux en arrière, le public applaudit. Le cheval répéta son saut en arrière, retombant assez loin de la scène. Au milieu des applaudissements, le cheval tourna casaque, et s’enfuit à toutes pattes, se carapatant au grand dam du bœuf. Le bœuf pleura :

– Arrête ! voleur ! rends-moi mes dents !

Il se lança à la poursuite du brigand, mais celui-ci avait disparu derrière les collines. Voilà pourquoi le buffle n’a plus de dents en haut.